Dans la cour des grands
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Un peu lasse d’étudier parfois des textes que même les Syriens ne comprennent pas toujours, je change de crèmerie et je m’inscris à l’Université de Damas, une des plus vieilles du monde, en faculté d’histoire. L’idée m’est venue quand j’ai demandé au contrôle de l’habitant comment je pouvais obtenir le fameux permis qui vous permet de vivre en paix pendant un an ; le responsable m’a dit : avec une lettre de l’Université. Alors, c’est ça, me dit Dennis/Abdallah mon compatriote converti (qui m’apprend que nous sommes fichés en Belgique) , c’est juste pour avoir le permis ? Non, l’histoire m’intéresse ; après un hiver de cours assidûment suivis à Edimbourg, j’étais imbattable en histoire d’Ecosse et à présent, vivant ici, je souffre de ne connaître la longue histoire de la région que très sommairement. La cour des grands ne mérite pas littéralement ce nom, car en fait je serai en classe avec des petits de dix-huit ans alors qu’au cours d’arabe du Mahad il y avait des élèves de tous les âges ; toutefois, ces petits connaîtront évidemment tous l’arabe beaucoup mieux que moi. Je vous passe le détail des formalités d’inscription dont je soupçonne fort qu’elles avaient pour but de détecter tout signe d’Alzheimer chez la vieille étudiante qui vous parle. Armée du dossier à compléter, on entre dans un flipper et on valse d’un bureau à l’autre en croyant chaque fois que c’est fini, mais non, il y a un retour à la case départ (dans mon cas, une expédition au service SIDA à l’autre bout de la ville) ; néanmoins, le venenum du cauda (/ou le coup de grâce) m’a été administré quand j’ai cru atteindre la ligne d’arrivée au bureau du tadjil (inscription), que l’employée a ouvert une enveloppe dans le dossier que je lui avais remis, et m’a tendu perfidement trois formules que je n’avais pas remplies. Elle eut beau me dire que les questions reprenaient les précédentes, je ne m’y suis absolument pas retrouvée. Je n’ai plus l’aide bienveillante de Nabal du Chououn Attulab chez qui je pensais avoir complété mon dossier. Sur un banc, je demande l’aide d’une jeunesse qui s’en fout et je finis par échouer au bureau de la Faculté d’histoire où un assistant un peu agacé m’aide à terminer mon pensum. Je lui explique que ces formulaires représentent un arabe nouveau pour moi. Retour au tadjil où on me remet un précieux papier que l’on m’envoie faire photocopier et dont j’apprendrai que c’est lui qui ouvrira la voie à une vie sans histoire pendant un an. Tout cela se passe devant un guichet où l’on ne pratique pas du tout la règle des femmes d’abord ; je suis en compétition avec de jeunes loups étrangers sans manières et la seule tactique est d’enfoncer à chaque coup dans cette foule compacte un bras armé des précieux papiers en espérant que l’employée les prendra. Il y a eu également une entrevue avec la chef du Département et ses collègues où j’ai dû répondre à des questions que je ne comprenais pas toujours. Je viens de voir le grand cinéaste Costa-Gravas sur TV5, et si lui est arrivé à suivre les cours de lettres sans connaître le français à ses débuts à Paris, pourquoi pas moi ? Après la phase finale, je pourrai me rendre au contrôle de l’habitant pour demander mon précieux iqama (permis de séjour). … Déjà ces tribulations s’effacent de ma mémoire (j’ai compté dix bureaux dont plusieurs visités plusieurs fois) car je publie ceci après une semaine de cours que je vais vous raconter illico, dès que ceci sera parti. |
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