Tempête dans un cappuccino

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mardi, 10 janvier, jour de l’Aïd

Vendredi dernier, je donne rendez-vous à une amie pour aller visiter l’exposition Qatna au Musée national. La ville de Qatna, qui se trouve sur le site de Tell Mishrifé à 18 km au nord-est de Homs, était déjà occupée à l’époque paléolithique. J’ai récemment visité les fouilles et je vous promets quelques photos pour très bientôt. Qatna était une grande puissance à l’égal de la Babylone d’Hammourabi.

Comme le musée n’ouvre qu’à 12 heures 30 et que nous avons deux heures et demie à tuer, nous nous rendons au tout nouvel hôtel 4 Seasons, propriété d’un prince saoudien, qui se trouve tout près de là (vue depuis le musée) .

Je suis éblouie par la beauté et le calme du lieu ; quelques clients qui doivent être « rich or famous » garnissent le hall (le premier prix d’une chambre est de 235 dollars plus 21% pour le single bas de gamme).

Bien que non orientale, la musique est élégante et discrète et bientôt un pianiste égrène ses notes à l’arrière-plan. Comme au 4 Seasons de Washington où j’allais souvent avec mes collègues pendant mes années de travail.
Au bar, l’aimable jeune fille qui nous sert le meilleur cappuccino de Damas, accompagné de cookies maison tout frais et d’une petite serviette brodée, nous photographie Fadwa et moi car l’occasion est historique. Eh non, avant que vous ne m’accusiez de trahir la classe ouvrière, l’addition n’est pas une ruine dans le sens que je paierais ça au Métropole à Bruxelles pour un jus de chaussette servi par un garçon mal embouché. Je demande si je peux garder la serviette et avec un tact admirable, le garçon me laisse le loisir de le faire sans toutefois m’y encourager. Je m’abstiens.

Nous parcourons les lieux en photographiant : la terrasse, les belles œuvres d’art, tout cet ensemble combinant l’Orient et le bon goût

… jusqu’à ce que, voulant peaufiner mon « reportage », je demande à la réception si je peux photographier une chambre. L’employée à qui je remets ma carte avec l’adresse de mon site disparaît dans le bureau du directeur et revient avec un jeune homme qui me signifie qu’il est interdit de photographier quoi que ce soit dans l’hôtel et que je dois consulter la responsable des relations publiques. Oui mais, sur un ton qui réveille le fier Sicambre que je suis à l’occasion (pour ceux qui ont fait l’école primaire, il s’agit de Clovis à qui Saint-Rémi a dit lors de son baptême “Courbe la tête, fier Sicambre » – j’ai beau fouiller Universalis, le Grand Robert et Google, je ne sais toujours pas ce qu’est un Sicambre).

Je n’aime pas le ton de sa remarque et je deviens désagréable. Il me dit d’effacer les photos et je lui mens en disant que c’est fait. Les choses en restent là et je rentre chez moi avec l’intention de vous décrire le 4 Seasons avec des photos vides. Une amie un peu plus raisonnable que moi m’en dissuade et le lendemain, je contacte la personne chargée des relations publiques après avoir envoyé un message à la direction générale de la chaîne qui se trouve dans Dieu sait quel pays.

Pourquoi parler de ce mini incident ? Il faut dire que je ne suis pas venue ici avec mes fourrures en vison ou en toc car les porter serait un peu choquant, sauf au 4 Seasons . Je suis donc attifée très simplement et si les belles plumes font les beaux oiseaux je n’ai certainement pas impressionné le monsieur qui est venu m’informer de la politique de l’hôtel. Avec mon maigre bagage islamique je crois savoir que la religion ne fait aucune distinction entre les gens, qu’ils soient riches ou pauvres. J’ai pris l’habitude d’être à l’aise avec tout le monde et de n’être impressionnée par personne.

Donc, la dame des relations publiques m’écoute, prend l’adresse de mon site, et me rappelle illico pour me dire que je peux faire ce que je veux (d’où, les photos ci-incluses) et qu’elle est navrée de l’incident. Chapeau. Elle m’a aussi expliqué que la direction veut protéger les clients qui n’aiment pas être mitraillés. On comprend la règle.

Ce matin le vice-directeur m’appelle et me demande ma version des faits et s’excuse de l’attitude de son collègue.

Mon Dieu, qu’avais-je fait là ? Je veux dire me plaindre en haut lieu. Ils ont pris cela très à cœur et c’est un très bon point à leur actif. Je ne logerai jamais dans un 4 Seasons (voir les prix), mais j’y retournerai certainement pour un moment de détente. Croyez-vous qu’à Bruxelles on aurait traité ma plainte de cette manière ? Je veux dire : je ne suis personne, ni ici, ni ailleurs et ce n’est certes pas ce modeste blogue qui m’autoriserait à me monter la tête, encore que, finalement… Vous voyez, on descend vite sur la pente de la gloriole.