Mohammed al-Maghout

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DAMAS, 5 avr 2006 (AFP) – 05/04/2006 12h53 – L’écrivain et poète syrien Mohammed al-Maghout, 72 ans, considéré comme le pionnier de la poésie arabe contemporaine et décédé lundi à Damas à la suite d’une longue maladie, a été inhumé mercredi dans son village natal de Salamya, à 210 km au nord de la capitale syrienne.

Son corps a été transporté dans une ambulance depuis un hôpital de Damas où il reposait vers son village. Le drapeau syrien enveloppait le cercueil.

De nombreuses personnalités ont assisté à une cérémonie en hommage au poète à Damas, dont les ministres de l’Information Mohsen Bilal et de la Culture Riad Naassan ainsi que des députés, des artistes et des écrivains.

Mohammed al-Maghout était également dramaturge, auteur d’un grand nombre de pièces de théâtre et de scénarios de films (“Le rapport”, “La frontière”) et critique littéraire.

Homme mélancolique, les titres de ses oeuvres poétiques sont révélateurs: “Tristesse au clair de lune” (1959), “La chambre au million de murs” (1960) ou encore “La joie n’est pas mon métier” (1970).

Pour le théâtre, il a notamment écrit “La ferme d’octobre”, “A ta santé, ma patrie”, “Les coquelicots” et “La balançoire”.

Ecrivain de l’absurde, ses écrits sont à la fois tragiques, pleins d’humour et de dérision.

Selon le quotidien Al Hayat, “il est mort dans un fauteuil, un mégot de cigarette à la main droite et à la main gauche le téléphone”, victime d’une crise cardiaque.

Dans un dernier entretien accordé quelques jours avant sa mort à ce journal, M. Maghout expliquait qu’il “adorait Beyrouth”, affirmant que des ajouts avaient été faits à sa dernière pièce présentée récemment à Damas, “Assis-debout”, critique à l’égard des Libanais.

“J’étais à l’hôpital lorsqu’ils ont fait des ajouts à mon texte. J’adore Beyrouth, pourquoi l’attaquerais-je?”, a-t-il déclaré à Al Hayat.

“Je suis opposé à l’incarcération des politiciens et des penseurs quels qu’ils soient. Changer le monde ne m’intéresse pas. Les mots sont les plus importants. Je ne crois pas à la révolution. Je suis poète, je hais le sang”, a-t-il poursuivi.

Né en 1934 à Salamya, dans le gouvernorat de Hama, il avait entamé des études d’agronomie avant d’y renoncer, proclamant que sa spécialité était “l’étude des insectes humains et non des insectes”.

Installé en 1948 à Damas, il fut emprisonné en 1955 pour sa brève appartenance au Parti syrien national et social (PSNS – partisan de la Grande Syrie).

A sa libération, il s’est installé pour un temps à Beyrouth avant de regagner Damas.

Plus tard, il raconte comment, “adolescent pauvre”, il a choisi le PSNS “car le local était proche de ma maison et était chauffé, alors que celui du parti Baas ne l’était pas et était situé plus loin”.

M. Maghout, titulaire de plusieurs prix littéraires syriens, a été décoré en 2002 par le président Bachar al-Assad à l’occasion de la sortie de son recueil poétique “Bûcheron des hautes cimes”.

Les Etats-Unis ont également rendu hommage au poète.

“Al Maghout était un véritable original, un intellectuel refusant tout compromis et une voix indépendante en faveur de la liberté et la justice dans le monde arabe”, a estimé un porte-parole du département d’Etat, Adam Ereli.

“Son oeuvre et sa vie ont témoigné du pouvoir de l’individu et de l’esprit créatif”, a-t-il ajouté dans un communiqué.